Consultation: | Jahresversammlung 2025 |
---|---|
Agenda item: | 0. Agenda |
Proposer: | JUSO Schweiz (decided on: 07/01/2024) |
Status: | Submitted |
Submitted: | 01/07/2025, 10:29 |
FR: Une école libérée de l'aliénation : Vision pour une formation socialiste
Motion text
Une école libérée de l'aliénation : Vision pour
une formation socialiste
Introduction
La formation joue un rôle central dans notre société. Dans notre système de
formation occidental, la formation (au moins) de base est considérée dans la
société et les discours politiques comme essentielle dans une vie ; elle est
d’ailleurs dans une certaine mesure garantie par la loi. Une formation continue
est également vue comme un moyen de progresser dans la vie et d’assurer son
propre avenir financier et social.
Des partis de gauche jusqu’aux partis bourgeois, un meilleur accès à l’éducation
et des chances plus égales sont reconnues comme un objectif souhaitable. La
formation est vue comme une possibilité de se développer en tant qu’individu et
d’intégrer toutes les capacités nécessaires pour faire partie de la société.
Dans le centre impérial, ce développement de l’individu est principalement vu
comme le chemin vers le monde professionnel et entendu comme un processus total
et fortement structuré. Il ressort de manière frappante des notions d’éducation
apparues au fur et à mesure de l’histoire européenne que l’éducation y est
toujours vue comme un processus individuel, ou plutôt un processus
d’individualisation.
Dans ce papier, nous voulons offrir une nouvelle perspective et construire une
vision au sein de laquelle la formation n’est plus un processus purement
individuelle ni perçue comme le moyen d’intégrer les personnes à la société
établie, car elle doit être la fondation de notre société et être comprise comme
un processus collectif. Nous esquisserons ainsi la vision de ce que serait la
formation dans une société socialiste et démocratique.
Dans ce papier, nous entendons par formation les institutions, personnes,
contenus et autrs structures impliquées dans la transmission de savoir. Cela
inclut entre autres modalités de formation les écoles primaires et hautes
écoles, les programmes et le personnel d’enseignement et les encadrant·es aussi
bien que les étudiant·es. Tous les éléments de la formation, des institutions
aux personnes individuelles, doivent avoir pour objectif de poser les bases
d’une vie en commun saine et de donner à toutes et tous les moyens de participer
à une société démocratique ainsi que, si nécessaire, de la changer.
Le système de formation capitaliste
Le système de formation que nous connaissons actuellement est basé sur une
vision humaniste. Selon celle-ci, la formation doit permettre aux individus de
se développer et de s’émanciper1. À partir du XVe siècle, l’influence de
l’humanisme2 a poussé à rendre les écoles toujours plus accessibles3 et
l’éducation progressivement obligatoire4. La Réforme a également eu un grand
impact sur l’importance accrue accordée aux écoles publiques et à l’éducation.
En effet, alors que la Réforme amenait des traductions de la Bible en français
et dans d’autres langues, la capacité de lire a pris en importance. Ces
influences de l’humanisme et du protestantisme sont visibles encore aujourd’hui
dans la système éducatif, par exemple par le droit à une formation de base
inscrit comme droit humain5 et l’accès à celle-ci considéré comme un pilier
majeur de la société et (prétendument) visé en conséquence.
Bien que la formation soit un droit humain universel et que l’école primaire
soit obligatoire et normalement ouverte à tous les enfants et jeunes, l’accès
réel à la formation est très inégal. À l’échelle mondiale, 20 % des personnes6
ne possèdent pas de formation de niveau secondaire II, et cette part croît dans
les pays dits du Sud global7. En Suisse aussi, l’accès à la formation est
fortement impacté par la situation économique ; les enfants de diplômé·es de
l’enseignement supérieur ont ainsi deux fois plus de chances que les autres de
suivre une formation universitaire8.
La responsabilité de la non-réalisation du droit à la formation revient au
capitalisme. Dans des pays où les personnes ne peuvent que difficilement avoir
accès à une formation, les mêmes personnes sont soumises à une forte
exploitation mise en place par le capitalisme et les structures coloniales. Dans
le même temps, l’inaccessibilité est un facteur de protection du capitalisme ;
le fait que l’accès à la formation soit rendu plus difficile pour toutes les
personnes du Sud global a pour effet de faciliter et justifier leur
exploitation. Ainsi, cette exploitation est légitimée en retournant sa
responsabilité contre les populations concernées, arguant que des personnes non
formées ne peuvent accomplir que des tâches manuelles. L’absence ou le manque de
formation a également pour effet de compliquer aux personnes concernées l’accès
à des informations importantes, comme celles concernant leurs droits au travail
ou d’autres outils et ressources de défense contre l’exploitation.
Dans les pays où la formation est accessible pour la majorité de la population,
le système de formation joue malgré tout un rôle important dans le maintien du
capitalisme. La formation contient un grand potentiel émancipateur, mais celui-
ci est actuellement tenu à distance pour la plus grande partie de la population.
Il ne suffit pas de simplement offrir un accès large au système de formation.
Les problèmes fondamentaux du système de formation actuel ne peuvent pas être
résolus à l’intérieur du capitalisme. Ce système n’est en fait pas un simple
produit des logiques capitalistes de profit et de concurrence mais il contribue
massivement au maintien de ce modèle de société. Dans le capitalisme, le système
de formation est un moyen de maintenir le consensus social et de légitimer
l’oppression capitaliste9. Le consensus social est un moyen pour le capitalisme
de maintenir ses structures de pouvoir sans avoir à faire usage de la violence
(d’État). La construction d’un consensus consiste en une entreprise de
normalisation et de légitimation d’idées, de processus et de formes d’oppression
diverses. Concrètement, la fabrication du consentement et le système de
formation ont la fonction de remplir les exigences du capitalisme10, c’est-à-
dire d’accoutumer et faire intégrer aux élèves les longues journées de travail,
la pression à la performance, les hiérarchies, les semaines de 5 jours, la
concurrence et toutes autres modalités du monde du travail comme une norme.
Cette fonction ressort dans tout système de formation, y compris en Suisse. Les
notes, les niveaux, les examens et tous les dispositifs mis en place pour
évaluer et trier les élèves fonctionnent comme un "filtre" pour préparer les
personnes au travail qui suivra leur formation. Dans ce contexte, la formation
n’est qu’un moyen d’accéder au monde du travail. Cette préparation à la mise au
travail est organisée autour de l’efficacité à l’aide d’évaluations simplifiées
et d’une réglementation stricte du parcours de formation. Cet objectif de
formation a des conséquences marquées sur les élèves. Presque un tiers des
jeunes suisses sont placé·es en situation de stress élevé au quotidien, bien
plus encore se sentent stressé·es dans leur vie de tous les jours11 et un tiers
des 11 à 15 ans se sentent stressé·es par le travail reçu de leurs cours,
principalement en raison de la pression à la performance et de la charge de
travail importante12. Ce stress quotidien a des conséquences dévastatrices :
dans une étude de l’UNICEF menée en Suisse, 45 % des jeunes interrogé·es
considèrent leur propre santé mentale mauvaise13.
La contribution de l’école à la normalisation de l’oppression ne couvre pas que
la question des conditions de travail au sens classique du terme. Toutes les
structures d’oppression sont reproduites et renforcées à l’école, avec des
conséquences graves pour les personnes concernées. Ainsi, les actes racistes
dans les écoles ont nettement augmenté l’année dernière14. Cette augmentation
reflète les structures racistes en place dans la société en général. Notre
système de formation assure les structures d’oppression, qui l’assurent en
retour. La discrimination telle qu’elle se déploie dans les écoles est
l’expression des structures sociales et va les renforcer à son tour.
À travers sa structure, notre système de formation promeut l’inégalité de
pouvoir entre adultes et enfants, et par là même l’oppression et les violences
auxquelles font face ces derniers. L’école est structurée de manière clairement
hiérarchique et se fonde sur l’idée que les adultes doivent détenir tout pouvoir
sur les enfants afin de les formes en tant qu’adultes15.
Ces problèmes ne peuvent pas simplement être résolus par de l‘"égalité des
chances", du travail social ou l’allocation d’un peu plus de budget aux écoles.
La formation contient un potentiel émancipateur et doit jouer un rôle central
dans la construction d’une société socialiste. Élargir l’accès à la formation ne
suffit pas à la réalisation de ce potentiel. Les principes fondamentaux de la
formation doivent être changés et l’école ainsi que toutes les institutions de
formation possibles doivent s’adapter aux besoins de l’ensemble de la société.
Pour toutes ces raisons, il est urgent et nécessaire de travailler à la
conception d’un système de formation socialiste.
De la formation pour une société démocratisée
La formation doit permettre aux gens de participer à une société démocratisée et
de répondre à leurs besoins et à ceux de la société. C’est pourquoi nous voulons
construire une société au sein de laquelle tous les domaines de la vie sont
démocratisés.
Le processus de démocratisation comme le maintien de structures démocratiques
nécessitent une base sociale commune. Dans une société capitaliste, les
possibilités de participation démocratique sont principalement contenues dans
les institutions politiques sous la forme d’élections, référendums, etc. Le
contrôle politique de domaines importants tels que la production de biens est
ainsi complètement évacué.
Même dans une société socialiste, nous continuerons d’être entouré·es de
processus et systèmes complexes sur lesquels nous devrons prendre des décisions
démocratiques. Afin de pouvoir prendre et comprendre de telles décisions, il est
nécessaire de disposer d’une formation de base commune et de la possibilité de
se former en continu ou d’accéder lorsqu’on le souhaite à toute information et
ressource d’apprentissage.
Un système de formation socialiste a aussi pour objectif d’établir une base de
connaissances communes pour la société dans son ensemble et de mettre à
disposition de manière accessible des ressources de formation continue. Cet
objectif n’est pas à interpréter individuellement mais organisé dans le sens
d’une réponse à un besoin collectif. Une formation socialiste n’a pas
(simplement) pour but d’émanciper les individus, mais la société dans son
ensemble.
Un ensemble de conditions préalables doivent être réunies afin de pouvoir
construire un tel système de formation. Les structures de pouvoir qui
caractérisent notre système de formation actuel doivent être abattues. C’est
ainsi et seulement ainsi que pourra être fondé un système de formation qui
réponde aux besoins de la société.
Renverser les structures de pouvoir spécifiques à l’école
Les enfants ont droit à un statut digne au sein de la société. Celui-ci doit
être garanti structurellement dans une éducation socialiste. Les institutions
éducatives doivent donc impérativement être organisées de manière démocratique
et être formées pour développer collectivement le savoir sur un pied d'égalité
et sans violence.
Les structures de pouvoir entre adultes et enfants se retrouvent également dans
le contexte de l'éducation. Ainsi, les parents ou les pédagogues se voient
confier un certain pouvoir légal et structurel, puisqu'ils assument également la
responsabilité globale des mineurs. Cette forme hiérarchique élémentaire durant
la socialisation primaire des enfants permet au système de se maintenir en leur
enseignant l’autorité et en bridant leur imagination et leur capacité de
réflexion critique, les modelant ainsi à être des agent·es active·fs de maintien
du système à leur tour.
Maintenir une certaine forme de distinction entre adultes et enfants est
cependant nécessaire, en ce que le consentement et la prise de décision des
mineurs, même dans une société socialiste, ne peut pas être entièrement libre et
éclairé, même sur des questions liées à leur propre gestion du temps ou sur les
sujets qu’ils et elles doivent apprendre.
Les pédagogues et les autres membres de la société doivent donc agir de manière
responsable et en fonction des besoins de l'enfant en gardant une posture
empathique. Leur position supérieure dans la société liée à leur expérience et
compétence ne doit pas être utilisée de manière abusive, et ne pas dépasser les
limites fixées par la collectivité.
À l’inverse d’un système basé sur l’abus de pouvoir des adultes et l’utilisation
de la violence physique ou psychologique pour imposer des décisions aux enfants,
il faut une participation active de ces derniers. Lorsqu'un enfant a son mot à
dire dans les décisions le concernant, il est perçu comme une personne à part
entière et se sent compris. Cela a une influence positive sur la confiance en
soi et le sens des responsabilités de l'enfant, mais aussi sur son développement
intellectuel contrairement à l’usage de punitions16.
Hormis l’adultisme, les institutions éducatives sont effectivement soumises aux
logiques discriminantes des autres rapports de domination. Les enfants sont
classé·es dans des cases autant par les enseignant·es que par les autres élèves.
Ainsi, les comportements différenciés entre garçons et filles, enfants de
famille riche ou pauvre, immigré·e ou non, sont monnaie courante dans le système
actuel qui n’est pas adaptée à tou·tes et exclut les personnes ayant un ou des
handicaps. En effet, malgré des tentatives d’introduction des concepts de
l’école inclusive, c’est-à-dire l’adaptation de l’offre et de la forme de
l’éducation aux besoins individuels et surtout liés aux questions de handicaps,
les institutions éducatives en place ne sont pas en mesure d’effacer les
discriminations du reste de la société. L’école inclusive se voit d’ailleurs
attaquer fortement par les partis bourgeois sous l’argument de son coût élevé.
Sans renverser les structures de pouvoir discriminantes, dont particulièrement
l’adultisme pour le cas de la formation, il n’est pas possible de mettre en
place un système réellement collectif d’apprentissage ou les apprenant·es sont
sur un pied d’égalité.
Apprentissage collectif et individualité ?
L'apprentissage, bien qu’un processus collectif, demande des efforts
individuels. C'est pourquoi il doit exister des offres éducatives qui permettent
un apprentissage personnalisable, autant pour des raisons idéologiques du fait
que l’enfant est un être humain et donc à le droit de s'autodéterminer, que pour
des raisons fonctionnelles de motivation.
En effet, l'apprentissage autodéterminé a un aspect positif sur la qualité de
l'apprentissage et la satisfaction des apprenant·es17, il est efficace et
favorise la motivation à apprendre18. En plus de l'éducation générale, il
convient de s'orienter davantage vers les besoins du collectif en gardant une
attention particulière aux besoins personnels des individus. Cette attention
portée à chaque individu doit être possible dans le quotidien de l'école mais
aussi au travail.
Or, bien qu’il faut s’intéresser aux besoins différenciés des enfants et adapter
leur éducation par rapport à leurs capacités, il ne faut pas oublier que leurs
goûts, dans ce cas précis consistant en ce qu’ils et elles souhaitent étudier,
découlent de leur socialisation. Il n’existe pas de besoins et d’envies
individuels, mais de construction de goût en distinction à ceux des autres19.
Ainsi, les goûts sont fondamentalement des constructions sociales et les sujets
d’apprentissage doivent être réfléchis de manière collective. Dans une société
socialiste et donc sans classe sociale, l’aspect individualiste de l’éducation
ne suit pas les logiques capitalistes de l’individualisme car tou·tes ont la
même condition socioéconomique.
À l’opposé de la dimension individualiste de l’éducation dans un système
libéral, c’est la collectivité qui est caractéristique principale et première de
l’apprentissage socialiste. En effet, l’apprentissage est toujours un processus
dialogique et dialectique en ce qu’une personne suivant une formation n’est
jamais juste qu’un récipient, mais un·e agent·e actif·ve de réflexion pour des
raisons liées à la structure du langage et de la pensée. La formation
socialiste, contrairement à la pédagogie qui ne souhaite que “remplir” les
élèves, qualifiée par Paulo Freire de “pédagogie bancaire”20, reconnaît l’aspect
de co-construction du savoir qui nécessite un aspect collectif.
Institutions éducatives
La formation n’existe pas dans un vide, mais est le produit d’institutions
éducatives. Celles-ci, dans un monde socialiste, devront toutes fonctionner
comme le reste de la société : démocratiquement ! Les décisions les concernant
doivent être prises en concertation entre les personnes apprenantes, les
personnes enseignant, et toutes les autres personnes impliquées dans la gestion
de ces institutions, mais aussi avec des représenant·es de la société dans son
ensemble.
Ces institutions doivent être organisées autour des besoins d’une communauté
locale, tout en répondant à des standards formés à un niveau plus large. Leur
structure administrative doit s’appuyer sur un modèle central, qui sera
régulièrement modifié et amélioré grâce à l’expérience acquise. Mais cette
structure doit s’adapter dans sa mise en œuvre aux besoins locaux.
Les structures de formation locale doivent disposer de plateformes permettant de
faire régulièrement du partage d’expérience avec d’autres structures, afin
d’améliorer leurs pratiques.
Ces institutions éducatives ne sont pas que des administrations ; elles ont
aussi une physicalité, avec des bâtiments et des salles dans lesquels peuvent
avoir lieu les enseignements. Ces bâtiments doivent être ouverts à tou·tes,
accessibles, et offrir des services et des possibilités de participation à tout
le monde, et pas uniquement aux personnes apprenantes. Les institutions
éducatives devront se situer à proximité des lieux de vie, afin que personne
n’ait à faire une longue route pour pouvoir s’instruire. Il est notamment
nécessaire d’avoir des espaces dédiés à l’apprentissage individuel ou en groupe,
ainsi que des collections de ressources. Les institutions éducatives devront
soit être hôtes de larges bibliothèques, soit se trouver suffisamment proches de
celles-ci pour que le passage de l’une à l’autre soit facile.
Programmes de formation
La formation doit comporter un tronc commun, occupant les personnes dès le plus
jeune âge et au moins jusqu’à ce qu’elles aient acquis toutes les connaissances
de bases permettant de participer pleinement à la société. Le détail de la
structure de ce programme d’enseignement de base devra être adapté en fonction
de l’expérience, et remanié régulièrement. Évidemment, en fonction des âges, les
méthodes d’apprentissage qui y seront utilisées ne seront pas les mêmes. Pour
les très jeunes enfants, l’apprentissage doit se réaliser de manière ludique, et
être intégré dans la vie quotidienne. Avec l’âge, il est possible d’adopter
progressivement un modèle d’enseignement plus formel, tout en respectant les
besoins des enfants et des adolescents, en particulier en termes de pauses et de
repos.
Mais ce programme d’instruction de base ne couvre pas tous les besoins de la
formation sous le socialisme. Après la conclusion du cursus de base, toutes les
personnes doivent avoir la possibilité d’élargir leurs connaissances dans les
domaines qui les intéressent, à travers un programme de formation supérieure.
Pour être accessible au plus grand nombre, ce programme doit être compatible
avec le travail, notamment au niveau de la charge horaire. La réduction prévue
du temps de travail libérera du temps qui pourra être consacré notamment à cette
éducation.
L’apprentissage doit ainsi être accessible tout au long de la vie. Cependant,
cet objectif est radicalement différent du discours néolibéral actuel
d’”apprentissage tout au long de la vie”. Le discours actuel est en effet une
contrainte des travailleur·euses à la reconversion professionnelle, contraite
dûe aux permanentes recompositions du champ professionnel (concrètement:
suppression de postes). Les formations continues actuelles (par exemple CAS, MAS
et DAS) ont généralement pour but de développer des compétences utiles pour
l’économie privée, et sont souvent liées au domaine du management. Le projet
socialiste pour l’apprentissage des adultes est tout autre. Tout le monde doit
non seulement pouvoir enrichir ses connaissances avec une offre de formation
fiable et accessible, mais même y être encouragé·e.
La réalité de l’expérience aidera à organiser les cursus. Il serait par exemple
imaginable de donner des formations obligatoires sur des sujets spécifiques
avant une prise de décision collective sur ces sujets.
Qu'est-ce qui doit être enseigné aux gens ?
Les membres de la société post-capitaliste que nous souhaitons créer doivent
être capables de faire partie d'une collectivité démocratique et d'y contribuer.
Les enfants doivent donc être sensibilisés à la démocratie dès leur plus jeune
âge. Or, il ne faut pas se contenter de leur transmettre des connaissances sur
la démocratie, il est nécessaire qu'ils et elles soient confronté·es très tôt à
des structures démocratiques et qu'ils et elles apprennent à s'impliquer dans la
démocratie. Les enfants doivent apprendre à travailler ensemble comme une seule
unité sociale.
L'éducation à la démocratie doit permettre de développer des capacités de pensée
critique. Ils et elles doivent ainsi être en mesure de remettre en question les
structures politiques et sociales et de les analyser selon la dialectique
matérialiste. En outre, l'éducation à la démocratie doit les aider à reconnaître
et à développer leur propre potentiel.
L'éducation doit aussi contribuer à ce que les individus puissent s'épanouir en
tant que membres d'une communauté, ce qui implique une certaine éducation «
sociale ». Les enfants doivent apprendre à comprendre et à respecter leurs
propres besoins, mais aussi les besoins des autres et ceux de la communauté en
son entièreté. En outre, l’apprentissage à la prise de décisions collectives et
à la collaboration les un·es avec les autres est crucial car une société
socialiste prône la coopération naturelle entre les hommes et non la
construction socio-historique qu’est la concurrence libérale. Il est important
que les gens apprennent à comprendre la justice sociale et la responsabilité
collective. Ils doivent également apprendre l'importance de la solidarité et la
manière dont ils peuvent relever des défis communs. La compréhension des
inégalités sociales et des causes structurelles, telles que la pauvreté et la
discrimination, sont également des aspects importants de l'éducation sociale.
Mais ils doivent aussi reconnaître les liens entre les facteurs sociaux,
économiques et politiques et être ainsi mieux à même de s'engager pour le
changement et de remettre en question des possibles rapports de domination qui
imprégneraient la société socialiste.
De plus, pour garantir une éducation complète et diversifiée, il faut pouvoir
utiliser des outils de réflexion critique, telles que les méthodes
scientifiques. La compréhension de l'épistémologie permettant de participer au
débat scientifique, elle est nécessaire pour comprendre le socialisme
scientifique mais aussi pour la pratique de la prise de décision au sein d’une
communauté sur des sujets qui ne sont pas maîtrisés par la population en son
ensemble. Ce n'est qu'en ayant recours à ces outils scientifiques que l'on peut
utiliser de manière critique les informations nécessaires pour se forger une
opinion libre et éclairée. Le travail avec des méthodes scientifiques est donc
émancipateur, car il permet, au côté de l’apprentissage de l’histoire et des
sciences humaines, d'apprendre du passé et encourage la capacité de réflexion
critique.
En outre, il n’est pas possible d’être épanoui·e en tant qu’être humain sans
pouvoir profiter de son propre travail non aliéné et en étant soumis·e à une
forme de division du travail excluante. Une éducation émancipatrice a donc
également pour rôle de donner des compétences manuelles suffisantes à un·e
membre de la société pour qu’il ou elle puisse, dans la mesure de ses capacités
physiques, produire des objets de ses propres mains, par sa propre force de
travail et à la sueur de son front. Sans ce travail qualifiable de manuel, ou
plus largement de créatif et productif, un être humain est condamné à être soit
aliéné de son travail, soit à s’embourgeoiser.
Conclusion
En synthèse, bien que le système éducatif actuel contient des éléments
émancipateurs, il est développé et utilisé principalement à des fins de
maintiens des systèmes d’oppressions. L’éducation, telle qu’elle est déployée
actuellement en Suisse, participe à l’inculcation et à la reproduction de la
domination du peuple par une élite capitaliste et des inégalités sociales qui en
découlent. La réformer partiellement et à petit pas n’est donc pas une solution,
car c’est le paradigme éducatif même qu’il faut repenser de fond en comble.
Or, pour briser les chaînes du système, nous devons nous concentrer sur certains
maillons choisis stratégiquement. C’est pour cela que notre programme de
transition sur les questions de politiques éducatives porte les revendications
suivantes et que nous ne transigerons pas sur celles-ci :
La mise en place d’outils de prise de décision horizontale et démocratique
dans toutes les institutions éducatives :
Soutenir tous les efforts de démocratisation dans les institutions éducatives
actuelles et proposer de nouveaux outils de prise de décision démocratique
permet d’offrir une expérience concrète de démocratie aux élèves et de démontrer
publiquement qu’il est possible de faire fonctionner des institutions de cette
manière. De plus, cela renforcerait l’attrait futur de ses élèves envers des
revendications de démocratie sur les lieux de travail, appelant donc à la remise
en question des rapports de production. Les moyens pour atteindre cela sont
divers et dépendent des institutions en question et d’éléments conjoncturels et
ne peuvent être ici listés exhaustivement.
La gratuité totale de l’éducation, autant au niveau des frais de cours que
du matériel, pour les formations initiales et continues :
Il est crucial que l’éducation soit accessible à toutes et tous. Mettre l’accès
sur les inégalités d’accès à la formation, argument obligatoire et central dans
la justification de la gratuité de l’éducation, permet une prise de conscience
sur les inégalités sociales de classe de manière plus large et au sujet de la
reproduction sociale.
La mise en place d’un salaire étudiant, pour rendre les études accessibles
au plus grand nombre et les reconnaître à juste titre :
Mettre en place un salaire étudiant, c’est reconnaître les études comme
d’utilité collective et non seulement individuelle. En addition, c’est un aussi
un point qui permet de mobiliser les étudiant·es précaires pour qui cela
changerait vraiment la vie. Ainsi, en plus d’être stratégiquement une bonne
revendication, elle remet en question fondamentalement la définition du travail.
Cela permet donc d’aborder de nombreuses questions pertinentes dans le
prolongement, telles que celle du travail du care.
Au-delà de ces revendications transitoires qui nous permettent de garder le cap,
il faut avoir pour horizon le renversement du système actuel. Une éducation
socialiste ne doit pas être une arme d’oppression, mais un outil d’émancipation
individuelle et collective : pour que nous ne soyons plus soumis·es à
l’exploitation, mais épanoui·e, égale·aux et libre·s !
2 L’humanisme est un ensemble de courants de pensée apparus aux environs du
XVIIIe siècle et qui défendaient la dignité humaine et des idéaux de société et
de formation.
3https://hls-dhs-dss.ch/de/articles/017432/2015-03-18/, consulté le 29/11/2024.
4 p. ex. : École obligatoire introduite en 1536 à Genève.
5 Art. 26, Déclaration universelle des droits de l‘homme
6 Personnes de 25 à 65 ans dans des pays de l‘OCDE.
7 OCDE (2024), Bildung auf einen Blick 2024: OECD-Indikatoren, wbv Media,
Bielefeld, https://doi.org/10.1787/e7565ada-de, p. 53.
8 TREE (2016): Documentation on the first TREE cohort (TREE1), 2000–2016. Bern:
TREE.
9 Hegemonie bilden - Pädagogische Anschlüsse an Antonio Gramsci, Maria do Mar
Castro Varela, p. 21.
10 Hegemonie bilden - Pädagogische Anschlüsse an Antonio Gramsci, Maria do Mar
Castro Varela, p. 22.
11 Pro Juventute - Stress Studie 2021, p. 4.
12 Gesundheit und Wohlbefinden bei Jugendlichen Nora Balsiger, Marina Delgrande
Jordan & Valentine Schmidhauser Sucht Schweiz, octobre 2023
13 Barrense-Dias Y, Chok L, Surís JC. A picture of the mental health of
adolescents in Switzerland and Liechtenstein. Lausanne, Unisanté – Centre
universitaire de médecine générale et santé publique, 2021 (Raisons de santé
323).
15 Liebel, Manfred; Meade, Philip - Schule ohne Adultismus? Die Macht über
Kinder herausfordern, p. 206.
16 Cuartas J, McCoy DC, Grogan-Kaylor A, Gershoff E. Physical punishment as a
predictor of early cognitive development: Evidence from econometric approaches.
Dev Psychol. 2020 Nov;56(11):2013-2026. doi: 10.1037/dev0001114. Epub 2020 Sep
7. PMID: 32897084; PMCID: PMC7983059.
17Échelles de régulation motivationnelle dans l'apprentissage des élèves,
Florian H. Müller, Barbara Hanfstingl & Irina Andreitz, 2007
18Edward L. Deci/Richard M. Ryan. La théorie de l'autodétermination de la
motivation et son importance pour la pédagogie
19 Bourdieu, P. (2024). La distinction : critique sociale du jugement. Les
Editions de Minuit.
Amendments
- A0-Relecture_FR (Seki/EF (decided on: 02/04/2025), Submitted)
- A1-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Accepted)
- A2-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 02/18/2025), Accepted)
- A3-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A4-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A5-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A7-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A8-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/07/2025), Submitted)
- A10-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A12-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A14-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A15-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A16-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A17-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A18-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A19-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A20-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A21-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A22-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A23-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A24-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A25-FR (Positionssamstag JUSO BL (decided on: 01/18/2025), Submitted)
- A27-FR (JUSO St.Gallen (decided on: 01/28/2025), Submitted)
- A29-FR (JUSO Kt. St.Gallen (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A33-FR (JUSO SG (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A35-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A36-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A37-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A38-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A39-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A40-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A41-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A42-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A43-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A44-FR (JUSO St.Gallen (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A45-FR (JUSO St.Gallen (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A46-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A47-FR (JUSO St. Gallen (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A51-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A52-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A53-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A54-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A55-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A56-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A58-FR (JUSO Zug (decided on: 01/29/2025), Submitted)
- A59-FR (JUSO St. Gallen (decided on: 01/30/2025), Submitted)
- A60-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A61-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A62-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A63-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A64-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A65-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A66-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A67-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A68-FR (Charlotte Günther (JUSO Stadt Bern), Submitted)
- A69-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/31/2025), Submitted)
- A71-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/31/2025), Submitted)
- A73-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/31/2025), Accepted)
- A76-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/31/2025), Submitted)
- A78-FR (JUSO Zug (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A79-FR (JUSO Zug (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A80-FR (JUSO Zug (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A81-FR (JUSO Zug (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A82-FR (JUSO Zug (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A83-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A84-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A87-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A94-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A97-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A101-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/02/2025), Submitted)
- A102-FR (JUSO Aargau (decided on: 01/04/2025), Submitted)
Comments